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Un acte de santé psychique, d'affirmation de soi et de préservation des liens

  • 15 juil.
  • 5 min de lecture

Par Dr Mugisho NFIZI KOYA

Juin 2026.


Un acte de santé psychique, d'affirmation de soi et de préservation des liens

Ce que la Clinique des Liens nous apprend sur la difficulté de dire non

Dans notre pratique clinique, une question revient régulièrement, quel que soit l'âge, le parcours ou la problématique présentée par les patients :


Pourquoi est-il si difficile de dire non ?

À première vue, le refus paraît simple. Pourtant, pour de nombreuses personnes, dire non provoque une véritable souffrance psychique. Certaines ressentent une angoisse importante avant de poser une limite. D'autres culpabilisent pendant plusieurs jours après avoir refusé une demande. D'autres encore préfèrent accepter ce qu'elles ne souhaitent pas, au prix de leur bien-être, plutôt que de risquer de déplaire.

Cette difficulté n'est pas anodine. Elle touche au cœur même de l'identité, de l'estime de soi et de la qualité des liens que nous entretenons avec les autres.


Quand le « non » devient impossible

Derrière l'incapacité à dire non se cachent souvent des mécanismes psychologiques profonds :

  • la peur du rejet ;

  • la peur de décevoir ;

  • la honte ;

  • la culpabilité ;

  • le besoin excessif d'approbation ;

  • la peur de perdre une relation importante ;

  • le besoin d'être aimé à tout prix ;

  • la peur de l'abandon.


Beaucoup de personnes ont appris très tôt que leur valeur dépendait de leur capacité à satisfaire les attentes des autres. Elles ont grandi avec l'idée qu'être une bonne personne signifiait être disponible, accommodante, serviable, discrète et peu revendicatrice.

Progressivement, elles ont construit leur identité autour de l'adaptation permanente.

Elles ont appris à écouter les besoins des autres avant les leurs.

À répondre avant même d'avoir pris le temps de ressentir ce qu'elles désiraient réellement.

À se conformer plutôt qu'à s'affirmer.

Dans ces conditions, dire non n'est plus un simple refus.

C'est une menace pour l'équilibre psychique construit depuis des années.


Le prix psychologique de l'adaptation permanente

Lorsque le « oui » devient automatique, le risque est de perdre progressivement le contact avec soi-même.

La personne continue de fonctionner, de répondre aux attentes, de rendre service, de s'investir dans ses relations, mais elle s'éloigne peu à peu de ses besoins profonds.

Cette suradaptation peut conduire à :

  • l'épuisement émotionnel ;

  • l'anxiété chronique ;

  • le ressentiment ;

  • les conflits relationnels ;

  • le burn-out ;

  • la perte de confiance en soi ;

  • le sentiment de ne plus savoir qui l'on est réellement.

La clinique rencontre alors des personnes qui vivent pour répondre aux attentes des autres tout en ayant de plus en plus de difficultés à identifier leurs propres désirs.

Derrière cette dynamique apparaît souvent ce que certains auteurs ont appelé le faux self : une manière d'exister construite principalement pour maintenir le lien, éviter les conflits ou obtenir l'approbation, au détriment de l'expression authentique de soi.


Le « non » : une fonction psychique essentielle

La Clinique des Liens propose un changement de regard fondamental.

Dans cette approche, le « non » n'est ni une agression, ni un acte d'égoïsme, ni une rupture relationnelle.

Le « non » est avant tout une fonction de protection psychique.

Il permet à la personne de :

  • reconnaître ses limites ;

  • protéger son intégrité ;

  • différencier ses besoins de ceux des autres ;

  • préserver son espace psychique ;

  • construire son identité ;

  • renforcer son autonomie.


Dire non, c'est affirmer :

« J'existe. »

« J'ai le droit d'avoir mes besoins. »

« J'ai le droit de penser différemment. »

« J'ai le droit de choisir ce qui est bon pour moi. »

Le non devient alors une manifestation de la liberté intérieure.


La Clinique des Liens : du refus à l'affirmation de soi

L'un des apports majeurs de la Clinique des Liens consiste à considérer que la difficulté à dire non ne relève pas uniquement d'un problème de communication ou d'affirmation de soi.

Elle s'inscrit dans une histoire relationnelle.

Elle prend racine dans les liens précoces, les expériences d'attachement, les loyautés familiales, les peurs d'abandon, les expériences de domination, de manipulation ou parfois d'emprise affective.

Pourquoi certaines personnes culpabilisent-elles lorsqu'elles posent une limite ?

Pourquoi certaines deviennent-elles systématiquement les sauveurs des autres ?

Pourquoi certaines attirent-elles des relations déséquilibrées ou intrusives ?

Pourquoi le refus déclenche-t-il parfois une angoisse disproportionnée ?

La Clinique des Liens invite à explorer ces questions en profondeur.

Elle permet de comprendre comment les relations façonnent notre manière de nous positionner dans le monde et comment certaines formes de liens peuvent progressivement fragiliser l'estime de soi.


Dire non pour renforcer l'estime de soi

L'un des constats majeurs de notre pratique clinique est l'augmentation des souffrances liées à l'estime de soi.

De nombreuses personnes, qu'elles consultent ou non un professionnel de la santé mentale, vivent avec un sentiment de dévalorisation, de doute permanent ou d'insuffisance.

Or, il est difficile de construire une estime de soi solide lorsqu'on ne s'autorise jamais à poser des limites.

Chaque fois qu'une personne renonce à elle-même pour préserver un lien, elle envoie inconsciemment un message à son propre psychisme :


« Les besoins des autres sont plus importants que les miens. »

À l'inverse, chaque limite posée de manière saine renforce progressivement trois piliers fondamentaux :


La vision de soi

Dire non permet de mieux identifier qui l'on est, ce que l'on pense et ce que l'on souhaite réellement.


L'amour de soi

Le refus devient une manière de prendre soin de soi sans avoir à s'excuser d'exister.


La confiance en soi

Chaque limite posée avec respect renforce la conviction que l'on est capable de faire des choix cohérents avec ses valeurs.

Ainsi, apprendre à dire non devient un véritable travail thérapeutique de reconstruction de l'estime de soi.


Le non protège le lien, il ne le détruit pas

Contrairement à une croyance largement répandue, les relations les plus solides ne sont pas celles où l'on accepte tout.

Ce sont celles où chacun peut exister comme sujet.

Un couple durable a besoin de limites.

Une famille équilibrée a besoin de limites.

Une relation professionnelle saine a besoin de limites.

Une amitié authentique a besoin de limites.

Lorsqu'il est posé avec respect, le non ne détruit pas le lien.

Il le clarifie.

Il le rend plus juste.

Il le protège contre les frustrations accumulées, les malentendus et les rapports de force invisibles.


Une nouvelle perspective pour les thérapeutes et les professionnels de l'accompagnement

La Clinique des Liens propose aujourd'hui aux thérapeutes, psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux, coachs et professionnels de la relation d'aide une grille de lecture innovante des souffrances contemporaines.

Elle permet de dépasser une lecture centrée uniquement sur le symptôme pour explorer la qualité des liens dans lesquels la personne évolue.

Les outils développés dans ce cadre permettent notamment :

  • d'identifier les liens toxiques ou déséquilibrés ;

  • de comprendre les mécanismes d'emprise ;

  • de repérer les stratégies de suradaptation ;

  • de restaurer l'autonomie psychique ;

  • de renforcer l'estime de soi ;

  • de développer une affirmation de soi respectueuse ;

  • d'aider les personnes à construire des relations plus sécurisantes.


Conclusion

Au fond, apprendre à dire non n'est pas apprendre à s'opposer.

C'est apprendre à exister.

C'est retrouver le droit d'avoir une place dans la relation sans avoir à disparaître pour que l'autre existe.

La Clinique des Liens nous rappelle que l'être humain ne se construit pas seulement dans ses relations, mais aussi dans sa capacité à y demeurer lui-même.

Car un « non » sain n'est jamais un rejet de l'autre.

Il est souvent la plus belle manière de se respecter soi-même tout en préservant la qualité du lien.

Et peut-être est-ce là l'un des chemins les plus féconds vers une estime de soi solide, une liberté intérieure durable et des relations véritablement humaines.



Dr Mugisho Nfizi Koya - Dire « non » : un acte de santé psychique, d'affirmation de soi et de préservation des liens – juin 2026

 

 
 
 

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